La couleur des sentiments – Kathryn Stockett

Stéphane a lancé le blog en vous présentant un livre écrit par l’un de ses auteurs préférés ; j’ai eu envie moi aussi de commencer par l’un des romans que j’affectionne le plus.

J’apprécie particulièrement ce livre parce qu’il a réussi avec brio à traiter un sujet aussi grave et important que la ségrégation avec un roman amusant, captivant et remplit d’humour – non pas en dédramatisant mais grâce à ses personnages aux caractères bien trempés ou encore à leur courage qui les amène à courir quelques risques.

 

La couleur des sentiments prend pour décors le Mississippi des années 60 – considéré comme le pire État ségrégationniste.

L’auteur a cherché à nous faire voir la situation de l’intérieur – on est plongé dans le quotidien des habitants de la ville de Jackson – mais aussi à nous la faire ressentir pleinement avec une chouette mise en abime : on suit la rédaction d’un livre narrant les relations entre les bonnes noires et leurs patronnes blanches à Jackson, écrit et raconté par des bonnes noires de la ville, sous couvert d’anonymat.

 

La narration alterne entre trois personnages différents – ce que je n’ai pas trouvé dérangeant, au contraire, cela permet de percevoir l’intrigue sous des visions différentes – : deux bonnes noires et Miss Skeeter, une jeune fille blanche issue d’une famille aisée, cependant révoltée par la situation actuelle et qui n’a pas envie de se fondre dans le moule.

On s’attache à ces trois femmes au tempérament fort. Miss Skeeter – qui se rêve écrivaine et journaliste -, malgré son manque de confiance en elle – elle nous est présentée comme un personnage un peu gauche, différente des autres … ce qui nous la rend que plus attachante -, n’a pas peur d’aller à l’encontre de ses parents et de ses amis pour être en conformité avec ses opinions et défendre ce qui lui paraît juste.

Quant aux deux premières … Aibileen et Minny sont des personnages hauts en couleur. Elles ont su garder leur humour au quotidien malgré qu’il ne soit pas toujours facile.

« « Chère Miss Myrna. Mon mari est un vrai cochon et qui transpire aussi comme un cochon a des cols de chemise pleins de taches. Comment m’en débarrasser ? » [Miss Skeeter commence sa carrière de rédactrice en reprenant dans un journal la rubrique de « Miss Myrna » …la rubrique « tâches ménagères ». Elle demande alors de l’aide à Aibileen (employée chez l’une de ses amies) pour répondre aux courriers des lectrices.] « C’est des tâches ou du mari qu’elle veut se débarrasser ? » demande Aibileen. »

 

On découvre donc le quotidien de différentes bonnes et avec lui leurs différentes patronnes, les pires comme les meilleures : celles pour qui ces femmes dégoutent, celles qui vont les virer à la moindre occasion, celles toujours prêtent à comploter pour parler sur leur dos ou concocter une nouvelle loi pour les diviser encore davantage mais aussi, heureusement, les reconnaissantes et celles qui vont tisser avec elles de véritables liens d’affection, ou encore ces enfants qu’elles vont par la même occasion élever, parfois bien davantage que leurs propres mères.

On rit devant ces femmes si superficielles ou égocentriques, on les secourait bien pour leur racisme et leur bêtise. On est attendri par cette patronne qui considère sa bonne comme sa meilleure amie. Cette femme, Miss Célia, avec ses bizarreries et qui n’a honte de rien, nous fait rire autant qu’on la trouve attachante.

Puis avec Miss Skeeter, on va approfondir l’intrigue avec la vision inverse, celle d’une femme blanche fréquentant la sphère de ces hommes et de ces femmes (qui embauchent des bonnes noires) et ayant donc davantage connaissance de leurs conversations.

 

Si l’histoire est centrée sur le quotidien de ces femmes, durant leur travail surtout mais aussi au sein de leur foyer, l’auteur élargit son propos en parsemant le roman de petits passages soulignant l’étendu des conditions générales des noirs ainsi que les horreurs produites sous la ségrégation à cette époque dans le Mississippi : des noirs se font battre, parfois à mort, parce qu’ils dérangent, ne respectent la loi pour la séparation des noirs et des blancs ou ne serait-ce parce qu’ils participent à des mouvements destinés à faire évoluer la situation.

 

Mais surtout, on suit la rédaction de ce livre et on partage avec elles leur excitation à sa réalisation en cachette, tout comme la peur qu’il ne soit pas publié ou celle de se demander ce qu’il leur adviendrait si elles étaient démasquées, sans oublier l’espoir que cela éveille les consciences et leur rende leur dignité … . On loue leur courage, se réjouit de leur détermination. Miss Skeeter est également un personnage auquel on a envie de s’identifier : on l’admire pour ses idées, pour sa faculté à voir chaque personne comme un humain sans distinction et à ne pas suivre la masse.

 

Si le livre qu’elles écrivent se veut être un témoignage, celui que l’on a sous les yeux est un vrai roman plein de rebondissements, le ton n’est pas lourd ni larmoyant, au contraire ; on se laisse happer par cette histoire et on ne voit pas les pages défiler.

 

 

Je sais que depuis une adaptation cinématographique est sortie. Si vous l’avez déjà vu,
je vous conseille tout même de lire le livre, qui comme souvent, est encore mieux, apporte plus de détails et permet davantage d’apprécier le style de l’auteur.
Si vous n’avez pas vu le film, je vous le recommande également, l’adaptation reste cependant assez fidèle.

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*Ne sera pas publié

2 réponses pour “ La couleur des sentiments – Kathryn Stockett ”

  1. Je n’ai pas lu le livre, j’ai seulement vu le film. Je suis d’accord avec toi pour dire que les livres sont généralement meilleurs que les adaptations.
    J’ai beaucoup aimé ce film, la façon dont est abordé le sujet. Et puis on parle des femmes ! Comment ont elle vécu cette période, comment se sont-elles libérées ?

    Je devrais lire le livre en fait !

  2. Oui, je t’assure, lis le livre même si tu as déjà vu le film, c’est un régal ! 🙂 Je l’ai d’ailleurs moi-même relu pour pouvoir en parler sur ce blog (et pour le plaisir de m’y replonger), alors que j’avais vu également le film entre-temps, je l’ai trouvé tout aussi génial !

    Et je suis d’accord avec toi, ce livre traite aussi des conditions des femmes à cette époque et ce qui est chouette c’est qu’il le fait de façon générale. Autant celles de ces bonnes noires mais aussi celles des femmes qui les emploient. En fait, il y aurait tant à dire sur ce livre mais je trouvais ma chronique déjà bien longue. 🙂