Le journal rouge – Lily R. Davis

Alors que nous fêtons cette année les 50 ans de mai 68, ce roman – pour lequel j’ai eu un coup de cœur – est idéal pour se plonger dans l’atmosphère de l’époque … .

On suit un groupe de jeunes hommes et femmes qui écrivent, ou dessinent des caricatures, pour un journal à Washington, dans les années 1960 puis 70. S’ils sont – surtout les deux personnages principaux – passionnés d’écriture, ils ont surtout une soif ardente de faire bouger les choses.

« Des mots que nous jetions sur le papier, une drôle de façon de lever le poing ; de hurler. Des mots pour se révolter. Des mots pour tout changer ! »

« Les mots étaient capables d’enseigner, d’avouer, de porter des foules, d’en anéantir d’autres ! De faire rêver, de faire peur ou de faire croire ! Les mots avaient des pouvoirs et si on les couchait sur le papier, ils prenaient soudain du sens et de l’intérêt. Ils créaient des mondes, ils offraient des vérités. »

Ils participent tous activement à divers causes : luttes pour les droits des femmes, le droit à l’avortement, contre la ségrégation, pour les droits des homosexuels mais aussi pour la fin de la guerre au Vietnam. Ils vont d’ailleurs à la rencontre de soldats revenus du Vietnam, tous choqués, pour les interviewer.

« […] associations antiguerre, féministes, se battant pour les droits civiques. […] Tous les étudiants trouvaient un étendard sous lequel lever le poing. »

« J’évitais de penser que la police cherchait activement à fermer l’Aldous depuis que nous faisions paraître les chroniques des vétérans, que nous donnions la parole aux mouvements afro-américains, que nous soutenions les associations d’aide à l’avortement, que nous étions partisans des mouvements de désobéissance civile. »

Mais ce qu’ils font dérange, on veut les museler … . Ils sont donc contraints d’écrire clandestinement, d’user de tous les subterfuges pour ne pas se faire prendre … .

On est également plongé dans le vent de l’époque avec cette envie de liberté et d’évolution des mœurs : notre bande d’amis habite dans une grande maison nommée « free love », c’est les années hippies et son slogan « peace and love », ils prônent l’amour libre … . Ce qui m’a d’ailleurs fait sourire : s’ils s’y essaient tous (ou presque du moins – je vous laisse faire par vous-même plus ample connaissance avec l’ensemble des personnages –), s’ils ont presque tous envie d’être libre de passer la nuit avec qui bon leur semble, de papillonner … ils finissent tous aussi par se laisser embarquer par de vraies histoires d’amour, qu’ils ne voient pas autrement qu’à deux.

Au début, le ton est assez joyeux. On a plaisir à suivre ces jeunes passionnés, fervents défenseurs des droits humains, dont on en devient admiratif. En parallèle, l’une des romances entre deux de ces jeunes a une place prégnante, le roman vire presque à l’eau de rose, ça en devient au bout d’un moment un peu trop parfait … puis … l’un des membres du groupe est appelé pour partir au Vietnam … et là, le ton devient alors dur, lourd … . On ressent davantage les  horreurs et l’ampleur de cette guerre qui n’en finit plus, qui envoie des hommes et des hommes au combat et dans quel état ils étaient lorsqu’ils en revenaient, des hommes qui n’avaient pas le choix de partir ou non.

Ce livre m’a passionné, m’a tenu en haleine … . Il dépeint une époque et a réussi assez bien pour moi à décrire l’ensemble des sujets mais aussi à transmettre beaucoup d’émotions.

La musique pop/rock de l’époque a même sa place, Woodstock est brièvement narré aussi.

On s’attache aux personnages, à leurs jolies histoires d’amour et d’amitiés. Des personnages qui semblent tous avoir un peu souffert pour une raison ou une autre et qui essaient de se reconstruire ensemble, grâce aux uns et aux autres. En même temps, ils sont tous tournés vers les autres, pour qui ils œuvrent activement.

Si au départ, il peut nous sembler un peu romancé, on comprend assez vite par la suite que c’est bien la vie qui nous est narrée … . Le roman démarre d’ailleurs en nous expliquant que si le nom du journal et des rédacteurs sont inventés, les articles eux sont bien réels ! On salue alors le travail de documentation de l’auteure.

A travers ces personnages que l’on finit par admirer car ils luttent tous pour un monde plus pacifique et tolérant, c’est un bel hommage – à ces personnes qui sont prêtes à mettre leur vie en jeu, à dire « Non » au gouvernement en place … – qui nous est conté !

 

Pour continuer à découvrir cette période : les Inrockuptibles proposent un numéro spécial 1968 (cf. la première photo) qui revient sur la musique qui a marqué cette année-là (et au-delà) mais aussi sur tous les évènements de cette époque (je n’ai pas fini de le lire, mais pour le moment je le trouve plutôt bien pensé !).

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*Ne sera pas publié

2 réponses pour “ Le journal rouge – Lily R. Davis ”

  1. Excellent c’est le mot.
    On s’y voit!

  2. Oui, je trouve que l’époque a été assez bien traité avec l’ensemble des sujets à aborder … !