L’homme qui rit – Victor Hugo

Un coup de cœur pour ce roman à la fois plein de poésie, original, humaniste … .

C’était le premier livre de Victor Hugo que je lisais et j’ai adoré sa plume très poétique, philosophique ou pleine d’humour, sans oublier de nombreux passages historiques. J’ai été ravie de le découvrir avec cette histoire que j’ai vraiment trouvée très belle et sortant de l’ordinaire.

Si j’ai eu au départ du mal à rentrer dans l’histoire, il faut s’accrocher car la suite nous réserve bien des surprises et nous plonge dans une œuvre sublime.

L’histoire :

L’homme qui rit c’est l’histoire d’un enfant mutilé à son plus jeune âge lui donnant un air particulier, l’impression d’avoir un visage riant sans cesse. Si l’on nous présente au départ l’auteur de cet abominable geste, on découvrira son commanditaire et la cause que bien plus tard. Un évènement le sauve cependant : ces bandits s’en vont en mer un soir de tempête laissant Gwynplaine sur le quai. L’enfant part alors chercher refuge à travers la neige. Sur son passage, il découvrira un bébé, Dea, devenue aveugle à cause du froid. Gwynplaine la récupère et ensemble ils iront frapper aux portes jusqu’à arriver sur le seuil d’un brave homme, Ursus, et de son loup de compagnie. Ensemble, ils éprouveront le bonheur et vivront de la création d’un spectacle ambulant … jusqu’à ce que le passé refasse surface.

Ce roman est l’histoire d’une belle rencontre entre ces trois êtres, une ode à la différence, l’une des plus belles histoires d’amour mais aussi un coup de théâtre. La vérité que découvrira Gwynplaine ne fera qu’accroître sa prise de conscience que le bonheur se trouve dans les joies les plus simples de la vie.

«  Sans ce rictus qui faisait de lui un clown unique, il ne serait plus qu’un saltimbanque comme un autre, le premier équilibriste venu, un ramasseur de liards entre les fentes des pavés, et Dea n’aurait peut-être pas de pain tous les jours ! Il se sentait avec un profond orgueil de tendresse le protecteur de cette infirme céleste. Nuit, Solitude, Dénûment, Impuissance, Ignorance, Faim et Soif, les sept gueules béantes de la misère se dressaient autour d’elle, et il était le saint Georges combattant ce dragon. Et il triomphait de la misère. Comment ? par sa difformité. Par sa difformité, il était utile, secourable, victorieux, grand. »

Dans ce roman, Hugo alterne les chapitres narratifs et les chapitres historiques nous décrivant la société et le décor de l’époque, les nobles et les aristocrates parfois avec beaucoup d’humour, j’ai ri à la lecture de la description de la reine Anne -.

« Sa myopie s’étendait à son esprit. A part ça et là un éclat de jovialité, presque aussi pesante que sa colère, elle vivait dans une sorte de gronderie taciturne et un silence grognon. Il lui échappait des mots qu’il fallait deviner. C’était un mélange de la bonne femme et de la méchante diablesse. »

L’intrigue se déroule en Angleterre et lorsqu’un auteur français nous conte l’Histoire anglaise, c’est aussi l’occasion de lire de nombreuses comparaisons entre l’Angleterre et la France.

Hugo s’applique à nous dépeindre les inégalités, le fossé, entre les riches et les pauvres, et il fera de Gwynplaine leur porte-parole nous offrant de superbes discours.

« Un jour viendra la société vraie. Alors il n’y aura plus de seigneurs, il y aura des vivants libres. Il n’y aura plus de maîtres, il y aura des pères. Ceci est l’avenir. Plus de prosternation, plus de bassesse, plus d’ignorance, plus d’hommes bêtes de somme, plus de courtisans, plus de valets, plus de rois, la lumière ! »

Si Gwynplaine se grandit ainsi c’est qu’Ursus est un homme de lettres, un philosophe plus exactement, un homme bon aux belles pensées et qui a veillé à l’éducation de ces enfants qu’il considère comme les siens.

Des personnages attachants, une intrigue captivante, j’ai adoré découvrir le mystère de l’histoire de Gwynplaine, un texte si beau et poignant, une atmosphère si douce et poétique !

« Le chariot couleur d’espérance qui portait Ursus, Gwynplaine et leur fortune, et en tête duquel Fibi et Vinos trompetaient comme deux renommées, faisait partie de ce grand ensemble bohémien et littéraire. »

« Mystérieux flambeaux allumés n’éclairant que le dehors. Elle donnait de la lumière, elle qui n’en avait pas. Ces yeux disparus resplendissaient. Cette captive des ténèbres blanchissait le milieu sombre où elle était. Du fond de son obscurité incurable, de derrière ce mur noir qu’on nomme la cécité, elle jetait un rayonnement. Elle ne voyait pas hors d’elle le soleil et l’on voyait en elle son âme. Son regard mort avait on ne sait quelle fixité céleste. Elle était la nuit, et de cette ombre irrémédiable amalgamée à elle-même, elle sortait astre. »

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